Dans le secret d’un atelier de joaillier français
17 janvier 2018 Pauline
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Dans les secrets d'un atelier de joaillier

Un bijou est un objet singulier. Au-delà de la valeur du métal et des pierres qui le composent, il est le fruit de multiples savoir-faire. Ceux des artisans joailliers. Du sertisseur au joaillier en passant par le polisseur et le lapidaire. Si les artisans ont la maîtrise des techniques de fabrication, ils ont aussi leur propre sensibilité et leur manière de travailler. Chaque bijou porte, gravé en lui, l’ADN de l’atelier duquel il est issu, comme l’expression du savoir-faire joaillier de ses artisans. L’atelier de joaillier, un lieu qui souvent ne dit pas son nom, niché au fond d’une cour ou sous les toits d’un immeuble anonyme. Il faut être privilégié pour pouvoir atteindre le saint des saints. Parce que n’entre pas qui veut. Question de sécurité et de confidentialité. C’est là même dans ce lieu que l’on trouve la quintessence du savoir-faire joaillier. 1895 se fait aventurier et privilégié en poussant pour vous la porte d’un atelier de joaillier français. Découverte.

De l’atelier à la peau : parcours d’un bijou de joaillier

Une pépite incongrue dans une rue minuscule. A l’extérieur, aucun signe ne laisse deviner son existence. Il faut s’aventurer un peu plus loin, pousser de banales portes en bois, grimper un escalier sombre. Et enfin, une porte épaisse surmontée d’une caméra. Un temps d’attente et finalement la porte s’ouvre lourdement. C’était le dernier rempart avant d’être plongé dans le secret d’un atelier de joaillier. Un monde à l’écart du monde. A l’intérieur, des petites pièces en enfilade qui renferment des joyaux : des pierres précieuses et un savoir-faire tout aussi précieux. Un métier d’art.
On pourrait croire qu’un silence monacal emplirait les pièces tant il faut de la maîtrise et de la concentration pour façonner un bijou, mais c’est tout le contraire. Il y règne un joyeux bazar. Pinces plates, burins, triboulets métriques ou autres échoppes jonchent les établis déjà encombrés de caisses contenant une ribambelle d’enveloppes renfermant les pierres à sertir. Les mains des artisans, abîmées et noircies, sculptent, liment, soudent, assemblent avec patience et minutie des bijoux en s’appuyant sur une cheville, ce mince bout de bois pièce maîtresse de leur établi. Ils se hèlent pour s’échanger leurs outils, les marteaux frappent, des machines jouent leur musique parfois assourdissante, le joaillier siffle ses recommandations… En tant que néophytes, on pourrait se demander comment ils s’y retrouvent, et cette boîte transparente emplie de diamants au bord de l’établi… si elle glissait ? Pas d’inquiétude à avoir pourtant. Comme dans un orchestre, tout le monde connaît la partition, un rôle précis est dévolu à chacun des solistes, la musique se joue.

La beauté du geste

La création d’un bijou s’apparente à la recherche constante d’un équilibre entre d’infinies contraintes : réussir à transformer le gouaché en œuvre d’art, rendre léger le métal et la pierre, allier la solidité à l’esthétisme, sublimer l’envers comme l’endroit. Pour y parvenir, des techniques éprouvées, des gestes patiemment appris et répétés, délicats et minutieux. Un savoir-faire traditionnel et d’excellence mis au service de l’or et des pierres. Un corps à corps avec le métal précieux dans lequel l’artisan et la matière parlent le même mystérieux langage. L’artisan manie l’art de la minutie dans son atelier pour rendre le métal ergonomique sans pour autant gommer la personnalité des modèles. Et la véritable surprise est de constater son sens aigu des formes et des volumes, sa capacité à manipuler des pièces graciles, des pierres infiniment petites, le geste sûr et déterminé. Sans hésiter, sans trembler. L’artisan joaillier lorsqu’il travaille à son établi fait le vide, ne pense plus à rien, seulement à la bonne réalisation du bijou. Il aime l’idée de contribuer à la création d’une pièce qui va traverser le temps, qui va faire partie d’une histoire. Une histoire d’amour, d’amitié ou de génération, une histoire de transmission. Un bijou qui va être aimé et regardé chaque jour. La réalisation d’un bijou est une science mais pas seulement. C’est aussi une histoire de passion.

Il est fascinant de voir toutes les étapes nécessaires à la réalisation d’un bijou à partir de quelques grammes de métal précieux seulement.

Le bijou est d’abord pensé, de la forme à la couleur en passant par la taille même de la pierre. Tout commence par une esquisse, dessinée et finalisée à la peinture ou à la gouache. Puis commence le travail minutieux des maquettes en cire, la sculpture à l’échelle du futur bijou. Extrêmement fragiles, elles se manipulent avec extrême précaution. La maquette en cire sert à la réalisation du moule qui deviendra l’empreinte de cette maquette.
Le bijou en cire est alors disposé dans un cylindre métallique et enrobé d’un revêtement en plâtre résistant à la chaleur. L’ensemble est placé dans un four chauffé à environ 750°C pour permettre l’élimination de la cire d’où le nom du procédé de fonte à cire perdue et se rapprocher de la température de coulée de l’alliage. A cette étape, on obtient une empreinte négative en plâtre de l’ensemble du bijou. L’alliage d’or ou d’argent est ensuite chauffé à près de 1000°C. Et le spectacle commence.

Les matériaux entrent en fusion et c’est une lave rougeoyante qui palpite au cœur du creuset.  A la fin du temps de chauffage, le liquide est versé dans un récipient en acier pour être injecté dans le moule en plâtre soit par le procédé de centrifugeuse ou par aspiration. La danse des machines est impressionnante, surtout lorsque c’est la centrifugeuse qui est à l’œuvre.

Après refroidissement, le plâtre est dissous afin de récupérer les pièces dites brutes de coulée, prêtes à être assemblées. C’est le moment de grâce où le bijou prend forme. Peu à peu, le dessin se profile, les galbes se dévoilent. L’architecture savamment étudiée se révèle en volume, puis l’or patiemment sculpté, ajusté, poli et avivé s’affirme dans toute sa majesté.

Dans les secrets d'un atelier de joaillier

Les pierres font alors leur éclatante entrée pour venir magnifier l’or. Via son microscope, le sertisseur pratique son art. Une fois déterminés le nombre et la position des pierres, il sculpte la matière afin de libérer petit à petit le grain de métal qui offrira sa place à la pierre. Il jongle avec les différentes tailles de gemmes et choisit celle qui s’ajustera avec précision dans la cavité, pour offrir le meilleur d’elle-même. Et l’opération se répète, pierre après pierre.

Le polissage permettra enfin de révéler tout l’éclat du bijou. Le bijou est cimenté dans une boule de cire très dense  afin de protéger les pierres des vibrations qui risqueraient de les fragiliser voire de les fracturer. Le premier polissage consiste à adoucir le bijou avec du papier émerisé afin d’en unifier la surface. Puis vient le polissage mécanique à l’aide d’une machine sur laquelle on fait tourner différentes brosses, de la plus dure à la plus soyeuse.

Le bijou prend forme, se dévoile et se révèle, des mains de l’artisan, sous nos yeux.

De la sculpture en cire au polissage, de la sélection des pierres au sertissage, les artisans joailliers mettent toute leur expertise à faire de chaque bijou une création unique sublimée par une véritable prouesse technique. Cadeaux d’exception, ils se découvriront au cœur d’écrins précieux, révélant l’éclat de leur pierre en un luxe absolu.

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