Agnès, Face a, Face b : une vie d’engagements menée à l’instinct
5 décembre 2017 Nicolas

Le don de l’art et le goût du beau. En quarante ans, agnès b. la styliste a fait d’une lettre minuscule une marque capitale. Dans le même temps, agnès b. la passionnée d’art a constitué une collection de près de 5000 œuvres contemporaines.
1895 vous fait découvrir le pile et le face d’une femme, ou plutôt d’une tornade, qui mène de front une multitude de projets, jongle ente sa vie professionnelle et sa vie privée avec une aisance déconcertante. Tour à tour styliste, mécène, collectionneuse, galeriste, productrice et même cinéaste, agnès b. mène une vie d’engagements, suivant toujours son instinct. Pour la découverte et le partage.

agnès b. la styliste

Une signature noire sur fond blanc, symbole d’une griffe conjuguant sobriété et élégance mutine. Le vêtement au-delà de la mode. Le style au-delà des saisons. Autodidacte, elle suit son instinct, ne regardant pas ce que font ses pairs, n’ayant jamais posé les yeux sur un carnet de tendance, son œil est plutôt dans la rue, pour créer le vestiaire d’une mode emblématique, au style urbain, intemporel, éthique, et sans artifice. Le secret de la réussite d’agnès b. est d’avoir su desserrer le carcan de son enfance, raccourcissant ses jupes de collégienne, arrondissant les cols de chemise, mélangeant cuir et cachemire. Créer des vêtements confortables, indémodables, qu’on a toujours envie de porter, dans lesquels chacun peut s’épanouir, vivre, bouger, aimer. A l’image d’une des pièces phares de la griffe, outre son t-shirt à rayures, ou ses jumpsuits revisités, le fameux cardigan pour lequel elle a eu l’instinct de déplacer des boutons-pression de caracos du XVIIIe sur des gilets de coton, et qui lui valut une renommée internationale. Depuis plus de 40 ans, celle qui a construit un empire comme par mégarde, louvoie dans le monde de la mode sans perdre un iota de son pouvoir prescripteur. Elle qui n’est ni dans la mode, ni dans la démode, qui crée « juste » des vêtements pour les vrais gens, valorisant le made in France, continue de son énergie presque juvénile d’inventer les pièces qui deviendront les essentiels qui peupleront nos dressings pour des décennies encore, devenant presque objets de transmission.

Agnes, face a, face b

Figure à part de la mode française, agnès b. n’a jamais rien fait comme les autres, travaillant toujours à l’instinct, suivant et souvent devançant les bouleversements de la société. L’aventure débute en 1973, Agnès Troublé lance sa marque, empruntant le b à celui qu’elle épousera à 17 ans, dont elle aura des jumeaux l’année suivante et dont elle divorcera à 19 : B comme Christian Bourgeois, l’éditeur ami de François Mitterrand, Jean Dorothy Seberg et Françoise Sagan. En 1975, elle ouvra sa première boutique, concept store avant l’heure, dans une ancienne boucherie du quartier des Halles où voletaient des colombes en liberté et où les vêtements qu’elle teignait dans sa baignoire s’affichaient aux murs telles des œuvres d’art contemporain. Rien d’un hasard pour celle qui inaugurera en 1984 une galerie d’art attenante à sa boutique, la galerie du Jour, aujourd’hui située rue Quicampoix et dotée d’une librairie, la librairie du Jour.

agnès b. ou la culture de l’art

Élevée à Versailles, dans la beauté de l’endroit, elle a déjà très jeune voulu devenir conservateur pour passer derrière les portes. Voir l’envers. Sa culture, sa sensibilité, son inclination pour l’art, agnès b. les doit selon elle, au château et à son jardin. «Cela imprègne, donne des bases, une esthétique». En 2009, un fonds de dotation est créé pour structurer toutes les actions de mécénat, partenariat et philanthropie menées par sa marque et par agnès b. personnellement pérennisant une vie d’engagements. Ce fonds participe à un très large éventail de projets culturels, de la photo au cinéma, en passant par les arts plastiques, soutenant aussi bien de jeunes pousses que des talents confirmés.

La philosophie qui guide agnès b avant tout, c’est le partage. De ses découvertes, de ses coups de cœur. A travers sa galerie, elle donne à voir ce qu’elle aime. Montrer l’envers et l’à côté des choses. Montrer de la peinture, de la sculpture, des photographies, et à chaque fois inventer une nouvelle façon de faire circuler les images. Plus encore que les donner à voir, les rendre à la portée de tous. agnès b. possède l’intime conviction que l’art et la culture sont de formidables vecteurs pour raconter des histoires, pour partager.

Celle qui a appris à avoir confiance en son regard est pionnière dans la défense de l’art urbain. Pour elle, le graffiti n’est pas une pollution. Au contraire, c’est un art riche. Quelque chose qui embellit la vie, qui embellit la ville. Des morceaux de poésie qui habillent les murs. Et la culture vivante du graffiti l’inspire dans ses créations vestimentaires, fidèle à sa philosophie selon laquelle le vêtement vit avec celui qui le porte, bouge et se meut. Il y a plusieurs dizaines d’années, elle a contribué à la renommée du célèbre street-artiste JonOne ; aujourd’hui ils signent ensemble une collection capsule JonOne x agnès b.

En quarante ans, agnès b. a peaufiné une collection de près de 5000 œuvres qui embrasse la culture contemporaine et qui donne lieu à de nombreuses expositions. Henri Cartier-Bresson, John Giorno, Claude Lévêque, Kader Attia, Brassaï, Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat, Cheri Samba, Man Ray ou Jean-Michel Othoniel… Une collection construite à l’instinct, qui possède beaucoup d’humanité. Agnès b. fonctionne par affinités électives, selon la définition de Goethe. Chaque image est liée à une autre, pour une raison ou pour une autre. Une collection autour de la jeunesse, de sa beauté, de sa fragilité, âge de tous les possibles et de toutes les blessures. Des thèmes aux échos cinématographiques, musicaux, poétiques ou littéraires, clés de l’univers de la créatrice. Une collection qu’elle donne à voir lors d’expositions, et à travers elles, son intimité avec les œuvres.

En juillet dernier, agnès b. a annoncé qu’elle ouvrirait sa propre fondation au printemps 2018 pour y exposer sa collection. Nul doute qu’il s’agira d’un lieu hybride où découverte et créativité seront à l’honneur.

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