We Margiela, un récit inédit sur l’épopée du créateur culte
3 novembre 2017 Nicolas
Documentaire We Margiela

MM, des initiales qui riment avec mode et mystère. Les initiales de Maison Margiela. Celles de son fondateur aussi, Martin Margiela. Un nom qui se murmure avec admiration. Un nom pour un créateur de génie et pour une mode avant-gardiste, résolument anticonformiste. Considéré comme l’un des créateurs les plus atypiques et mystérieux de sa génération, Martin Margiela a toujours avancé masqué, de la création de sa Maison de Couture en 1988 jusqu’à son départ en 2009.
Aujourd’hui, We Margiela est le documentaire qui vient lever le voile sur le couturier fantomatique. Un portrait en creux de celui qui a changé la face de la mode dans les années 90 et qui continue de l’influencer.

Martin Margiela, un créateur sans visage

En 1988 à Paris, le créateur anversois fonde, avec son alter ego Jenny Meirens, sa maison de Couture Française sous l’appellation Maison Martin Margiela, devenue depuis Maison Margiela. En quelques années il a révolutionné la Haute Couture à force d’expérimentations avant-gardistes produisant des créations entre mode et design. De l’avis des spécialistes, il est l’un des créateurs les plus importants de l’histoire de la mode du XXe siècle. Et pourtant le grand public ne connaît pas son visage ou presque.

We Margiela

Iconoclaste, le créateur a toujours fuit la presse, n’a jamais montré son visage, n’apparaissant pas à la fin de ses défilés, n’accordant pas d’interview, s’exprimant uniquement par le biais de communiqués envoyés par fax. Il a fait de l’anonymat l’une des caractéristiques essentielles de sa griffe, préférant le « nous » du collectif, de l’équipe, au « je » du directeur artistique, au geste du créateur. Symbole de sa volonté d’éviction de l’individualité au profit de la collégialité, son utilisation quasi systématique du fameux « blanc de Meudon ». Les blouses blanches de son équipe, bien connues dans la mode, sont la signature de sa Maison et de l’esprit de travail collectif qui y règne. Tel un hymne aux anciens ateliers de Haute Couture. Elles symbolisent l’anonymat aussi. Tout comme ses boutiques sans enseigne, ses étiquettes sans logo, ses défilés présentés dans des lieux impersonnels, son absence de publicité dans les médias. Margiela, le créateur et sa Maison sont anonymes à l’instar de ses mannequins dont le visage, lors des défilés, se voit toujours couvert, tantôt d’un masque futuriste, d’une capuche oversize ou d’une cagoule empierrée. Pour une attention portée sur le vêtement. Uniquement sur le vêtement.

We Margiela

Une Maison de Couture pas comme les autres. Une épopée extraordinaire. Dans We Margiela, les témoins de cette aventure racontent.

We Margiela, une rétrospective inédite

Fidèle à la philosophie d’anonymat du créateur énigmatique, le documentaire lève le voile sur l’histoire de sa Maison de couture et sur son créateur sans que jamais son visage n’apparaisse à l’écran. Parce qu’il raconte pour la première fois, de l’intérieur, la genèse et l’épopée de cette incroyable aventure qui a révolutionné la mode, il est en passe de devenir culte tout autant que son sujet. Il éclaire la personnalité mystérieuse du couturier et sons processus créatif. Captivant.

we margiela une rétrospective inédite

La force du documentaire provient des nombreux témoignages qui le forgent, recueillis auprès de ceux qui ont vécu l’histoire de l’intérieur. Parmi eux, les membres de l’ancienne équipe du designer notamment, et en particulier celui de son acolyte de toujours, Jenny Meirens, avec qui il a fondé sa marque. Elle a eu le temps de livrer une longue interview pour ce documentaire avant de décéder en juillet dernier. Sans qu’elle n’apparaisse non plus à l’écran, l’on perçoit le rôle fondamental qu’elle a pu jouer, son influence et la manière dont elle a permis, en assumant la gestion de l’entreprise, de faire grandir la marque sans jamais en compromettre l’esprit libre.

Le récit se déploie par petites touches, célébrant l’imperfection et la poésie de l’inachevé, entre interviews, images de défilés et anecdotes, mettant en avant le collectif, l’équipe du designer, des passionnés unis, ceux qui ont pris part à la formidable odyssée dès le début. Des plus proches collaborateurs à l’équipe créative, dont le styliste Lutz Huelle qui travailla avec Martin Margiela sur son emblématique collection Artisanal, en passant par certains acheteurs et fournisseurs clés. Porteur d’une intense charge émotionnelle, We Margiela livre la parole émue de ces protagonistes qui, pour la plupart, s’expriment pour la première fois. Ouvrant fébrilement armoires et collections personnelles, d’où surgissent souvenirs et vêtements mythiques. Des trésors soigneusement conservés.

L’univers de Maison Margiela se déploie. Un univers qui ne ressemble à aucun autre. Celui d’une marque unique et radicale. Dès l’origine, une identité visuelle singulière est définie en contrepied aux tendances prédominantes de l’époque. Chaque pièce est munie d’une étiquette immaculée, retenue par quatre points de couture, aisément amovibles pour le plus complet anonymat. Son système de classement original de ses lignes permet de les répertorier. Sur l’étiquette de chaque pièce, un chiffre entre 0 et 23 est entouré, correspondant à la ligne à laquelle le vêtement appartient. Les vêtements transformés de la ligne Artisanal portent le 0, les vêtements pour femme le 6, les vêtements pour homme le 10, les chaussures le 22 et les objets et éditions le 13.

We Margiela

Étiquette Vêtement MMM

L’on découvre sa mode, son art. A la fois masculine et féminine, attachée à la fusion des genres, elle repose sur la réinvention et la redéfinition des silhouettes. Coupes construites-déconstruites, volumes oversize – proportions hypertrophiées, tayloring à bords francs, matières futuristes ou recyclés, monochromie des tissus, esthétique subversive. Depuis 2012, Maison Margiela jouit officiellement de l’appellation Haute Couture décernée par la Fédération Française de la Couture.

Le documentaire revient également sur la fin de l’aventure, avec la vente de la griffe en 2002 à Renzo Rosso, le fondateur de Diesel et du groupe OTB, suivie en décembre 2009 par le départ de Martin Margiela, puis la nomination du couturier britannique John Galliano comme directeur artistique en 2014. Le regard insoumis que porte Margiela sur son héritage iconoclaste s’exprime à travers la vision poétique de la Haute Couture de Galliano, qui marie à la fois conceptualisme et art mais aussi mystère et élégance contemporaine.

Adulé par ses pairs qui en ont toujours célébré son regard visionnaire, il n’a jamais rien fait comme tout le monde. Et Margiela n’a jamais été autant cité dans les collections actuelles. Cela tenant peut être au fait que, comme le dit Pierre Rougier, son premier attaché de presse : « Les jeunes ont une tendance naturelle et saine à regarder le passé. Et, alors que les repères sont vagues, Martin est un phare dans la tempête. On peut partir de son héritage car il a ouvert une brèche et a laissé la place à la relève. »

 

We Margiela n’est pas encore distribué mais est présent sur internet à travers les réseaux sociaux et le site wemargiela.com.

Le matériel recueilli pour la préparation du documentaire, entre interviews et photos, a également permis à un livre de voir le jour, dont la publication est programmée pour bientôt.

Aujourd’hui encore, Martin Margiela reste une des personnalités les plus influentes de la création contemporaine et un parfait inconnu. Et parce que son approche radicale et conceptuelle résonne toujours dans le milieu de la mode aujourd’hui, les spécialistes n’ont de cesse de tenter de décrypter son œuvre et de lever le voile sur le mystérieux créateur. Aussi, une première rétrospective française de Maison Margiela est prévue pour mars 2018 au Musée Galliera à Paris.

 

 

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