Le sac des femmes : un trésor au double langage
19 octobre 2017 Nicolas
le sac des femmes

Notre homme est souvent intrigué. Nos copines, elles, savent. Notre dos, et notre kiné (!) tirent régulièrement la sonnette d’alarme. Certains parlent du syndrome de la tortue. Ils veulent parler de notre barda. Dedans pourtant trois fois rien : un portefeuille, un téléphone, des clés, un roman, le 20 Minutes d’il y a trois semaines, une facture à régler datant à peu près de la même période, une bouteille d’eau (vide), un baume à lèvres, des mouchoirs, une boîte de Doliprane, un cahier de notes, des lunettes de soleil, un galet (été 2015), un magnet qui devrait être sur le frigo, un paquet de biscuits, un vernis, trois tickets de cinéma, des pansements, une paire de ballerine en été, un pantalon de yoga parfois… Notre journée. Notre vie. Notre sac.

Un trésor au double langage

Accessoire de mode, le sac n’a rien d’accessoire. Alors que révèle-t-il de nos désirs et de nos fêlures ?

Porté en bandoulière ou à la main, cabas fourre-tout ou it-bag, avachi ou précieux, notre sac est à la fois un compagnon complice, musée de nos émotions et de nos affects, véritable extension de soi et aussi un sac séduction, véritable coup de foudre, il est révélateur d’une certaine relation à l’autre. Un lieu où le cœur de l’intime et ses vérités cachées croise l’image de soi qu’on rêve d’afficher. Il est l’un des lieux privilégiés où se fabrique notre identité.

 

Le sac d’une femme, un mystère. Pour certains, fascinant. Un territoire interdit aux hommes, qui aiment bien y glisser leurs affaires lorsque leurs poches sont trop pleines. Eux ne s’encombrent pas d’un sac. Leurs gestes ne sont pas entravés, ce sont des aventuriers. Et puis, prévoyants à leur manière, ils savent qu’ils peuvent compter sur le sac d’une femme pour transporter leur écharpe, leur fournir un mouchoir, ou distribuer des bonbons. Quasi inexistant il y a un peu plus d’un demi-siècle, le sac tient une place désormais prépondérante dans la vie d’une femme. A mesure qu’elle s’est émancipée, son sac s’est alourdi. Son rythme de vie s’est accéléré, elle a plus de libertés, mais aussi plus de pression. Elle courre sans cesse, a mille choses en tête et tout autant dans son sac.

C’est toute l’ambivalence du rapport au sac à main : manipulé, caressé, adoré, il est une extension de soi. A la fois trousse à outils et caverne aux trésors, ils nous permettent de nous armer pour pourvoir faire face à tous les scénarios possibles. Mais il est aussi un poids.

Il y a d’abord les essentiels, qui sont différents d’une femme à une autre. Souvent la trousse à maquillage a sa place. Puis, les fonctionnels, clés, portefeuille, et téléphone portable. Ensuite les « au cas où ». Ce sont ceux qui permettent de faire face à tous les événements de la journée, qui vont nous aider à résoudre les problèmes à venir et répondre aux failles intérieures : parapluie, mouchoirs, boule Quies, listes en tout genre (oui au pluriel, il y a toujours plusieurs listes). Mais aussi les objets de passage qui s’installent durablement, des stylos (au pluriel, on ne sait jamais –  et  surtout, on ne sait plus qu’on les a), les grignoteuses accumulent les paquets de biscuits – à moitié vides –, et les femmes d’écriture accumulent carnets élimés et papiers. Enfin les objets porteurs de mémoire. Grigris porte-bonheur, talismans précieux, photos, carte postale souvenir… des objets évocateurs d’un instant de bonheur, qui ne nous quittent plus car ils font partie de nous, des objets qui nous permettent de personnaliser notre sac et donc de se l’approprier encore un peu plus.

 

L’âme du sac c’est son mouvement perpétuel : le mélange entre le fonctionnel, l’affectif et le relationnel.

Le sac a une double vie, l’intérieur du sac est un monde à soi, sans fard, hors de la vue et du jugement des autres, loin des apparences et des convenances. Son autre vie, la superbe, l’éclatante, c’est lorsqu’il s’affiche et se donne en spectacle. Sa juste place sur le bras est réglée au millimètre, porté à la main ou glissé dans le creux du coude. Avoir un beau sac est une arme psychologique pour renforcer l’estime de soi  et central dans le jeu du classement social. Il peut être aussi bouclier, protecteur comme pour Grace Kelly qui se protégeait derrière son sac Hermès, mitraillée par les flashs des paparazzi.

Un trésor qui finit par peser ?

 En remplissant notre sac de tant de « au cas où » il finit par peser. Notre obsession : l’alléger. Suscitant ainsi un débat philosophique intérieur : trier son sac – faire le vide ou garder tout son monde intime avec soi, sur soi. Faire le choix entre un idéal de légèreté et d’aventure et celui de la sécurité, du bonheur et du confort. Généralement, on aime plus facilement remplir son sac que le vider. Parce que remplir c’est un plaisir. Tous les moments de la vie peuvent être résolus par ce geste rapide, spontané, on met dans le sac toutes ses émotions négatives et on les reporte à plus tard. Le problème c’est lorsqu’arrive le moment où il faut le vider et trier.

Plus qu’un accessoire, le sac des femmes est devenu un besoin profond car il est devenu la dernière frontière de l’intimité féminine. Il est la part la plus intime de soi lorsque nous sommes dehors. « C’est un monde à soi, et un don de soi, un monde d’amour. Car ce sont les femmes qui portent l’amour dans la société » (Jean-Claude Kaufmann).

A lire : Le Sac, Editions JC Latès, mars 2011. Ouvrage édifiant et réjouissant du sociologue Jean-Claude Kaufmann dans lequel il révèle les dessous du sac à main. Un Livre que l’on lit avec curiosité jusqu’au moment où l’on s’y reconnaît.

 

 

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